Courbevaux est un fief médiéval attesté depuis la fin du XIIIème siècle sous le vocable de Corbeval (= le val courbe). La chapelle et la fontaine de Saint Thibault font partie du domaine, ainsi que la ferme de la Chaponnière.
Le domaine est détruit pendant la guerre de cent ans par les troupes de Canolle, puis à nouveau pillé pendant les guerres des religions.
Au XVIème siècle, Courbevaux est la propriété de Jean de BOILLEAU, seigneur de la Forest à Montcresson. Au XVIIIème, c’est la propriété de la marquise d’Argence, qui réside au Buisson à Gy-les-Nonains. Au XIXème, le domaine est acquis par la famille ROUHETTE de MONFORAND, enrichie par le commerce du sucre et des esclaves à Cayenne.
En 1844, Antoinette Marie ROUHETTE de MONFORAND épouse d’Armand Guy de SAINVILLE. Ils s’installent au château de la Vallée à Saint-Firmin. Ils auront deux enfants dont Emmanuel de SAINVILLE, qui naît le 8 Juillet 1861.
Lorsqu’il naît en 1861, son père a déjà 75 ans (il mourra à 86 ans en 1872). Emmanuel de SAINVILLE fait une licence en droit, mais n’occupera sans doute jamais sa fonction d’avocat à la cour d’appel de Paris. Il vivra surtout de ses rentes, et de quelques activités qui lui coûteront beaucoup de temps et d’argent. Il habite 12 rue de Berlin à Paris. Il épouse Laurence de GYEMARE, qui décède à Paris en 1901. La tombe qu’il fait ériger pour son épouse au cimetière de Saint-Germain est remarquable.
Emmanuel de SAINVILLE est artiste peintre. Dés 1891, il expose au salon de Montargis. Sa signature d’artiste est « Loup de SAINVILLE ». Il aura une élève, Mlle Hélène qui signera « le Goupil ». Les motifs de ses peintures sont soit mythologiques (« centaure enlevant une sirène »), soit naturalistes (scènes paysannes).
Emmanuel de SAINVILLE est bâtisseur : en 1900, sa mère lui « vend » fictivement Courbevaux, le prix de la vente ne devant être acquitté qu’après la mort de celle-ci. Il fait raser l’ancien château vétuste, achète (probablement) des parties de pavillon de la Grande-Bretagne à l’Exposition Universelle de 1900 et les assemble à Courbevaux pour créer le château de style anglais qu’on y voit encore. Une grande salle est consacrée à son atelier de peintre.
Emmanuel de SAINVILLE est aviculteur : il est passionné de paons, en élève beaucoup et les représente partout : sur les moulures de l’escalier d’intérieur, sur une mosaïque, sur la girouette. Simultanément, il relance l’élevage de la poule de race « gâtinaise » et, pour promouvoir l’élevage de « la meilleur race française », il crée en 1909 le « Gâtinais-Club-Français ».
Emmanuel de SAINVILLE est adepte de « sciences parallèles », ce qui lui vaut une réputation sulfureuse dans population rurale. Il adhère à l’Institut Métapsychique International et se spécialise dans l’étude de la télépathie. Il pratique ainsi de très nombreux exercices de voyance avec Mlle Hélène ou de transmission de pensée, notamment avec Mlle GOUJON, la postière de Saint-Germain. Il consigne les résultats de ses expériences dans des articles pour la revue de l’IMI. Au cours d’une conférence en 1927, il affirme : « L’intelligence humaine a des procédés de connaissance autres que les voies sensorielles ordinaires ; et il existe chez certains individus un 6ème sens, le sens cryptesthétique, connaissant des choses, des réalités, et sensible à des vibrations que la conscience normale ne perçoit pas. »
Emmanuel de SAINVILLE lègue son domaine à L’Institut Métapsychique International. Il meurt le 11 mai 1930 à Courbevaux. La vente aux enchères de ses biens, au profit de l’IMI, prouve qu’il était aussi un amateur d’art éclairé.
Gilbert BAUMGARTNER
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