La république du Centre - édition du 1er juillet 2021 - Cindy Roudier-Valaud

Saint-Germain-des-Prés, Boigny-sur-Bionne et Marigny-les-Usages viennent d’obtenir la reconnaissance
« Territoires engagés pour la nature », de l’agence régionale de la biodiversité. C’est la validation de leurs
actions pour la protection des espaces naturels, et un accompagnement pour mettre en place un plan de
mesures sur trois ans. Mais comment font ces villages, avec un budget et du personnel limité ?


Saint-Germain-des-Prés, ce village montargois qui révolutionne son cimetière, ses espaces verts...

Publié le 13/07/2021 à 07h00 - 

République du Centre 13/07/2021

Saint-Germain-des-Prés, ce village montargois qui révolutionne son cimetière, ses espaces verts...
Le village a en quelques années complétement transformé sa manière de gérer les espaces verts et naturels.
© La République du Centre
 
C'est l'un des rares villages à avoir mis en place un cimetière végétalisé, et ce bien avant l'obligation légale en 2022. Mais aussi un verger pour alimenter la cantine, une extinction complète de l'éclairage pour favoriser les insectes... Comment sont-ils passés d'une gestion classique à une préservation très active de la nature ?

Une église, trois commerces, une petite mairie ornée de briques, quelque 1.900 habitants. Saint-Germain-des-Prés, village rural, à 9 kilomètres de Montargis, est bien décidé à maintenir sa qualité de vie et ce côté naturel, qui séduit les nouveaux habitants. Depuis plusieurs années, il travaille à améliorer la biodiversité sur son territoire. Avec peu de moyens financiers, mais un paquet de bonne volonté.

Cet engagement vient d’être reconnu par l’agence régionale de la biodiversité au titre des "Territoires engagés pour la nature". Cette reconnaissance valide les actions déjà lancées par la commune et l’incite à poursuivre, en l’accompagnant dans un programme d’actions sur trois ans.

Le cimetière sans pesticide

"On avance lentement, mais sûrement, décrit Catherine Corby, adjointe au maire. Nous le faisons par conviction et ce diplôme vient récompenser nos actions. Ce n’est pas l’inverse, on ne fait pas des choses pour avoir des reconnaissances. Lors de notre premier mandat, nous avons basé nos actions sur la santé. Nous avions un service technique avec un fonctionnement classique, un élu gérait les services techniques, mais il n’était pas spécialiste. Puis, nous avons recruté Cédric Delandre…"

La végétalisation du cimetière s'est faite sur trois ans, la dernière partie sera achevée cet hiver.

L’embauche en 2017 de ce technicien, passionné par la protection de la nature, a accéléré les volontés vertes des élus. "Le binôme élus et techniciens est important. Cédric est force de propositions, mais si on ne lui donne pas les moyens, il n’y arrivera pas."

"Que cela serve d’exemples aux autres petites communes"

L’un de leurs premiers chantiers a été l’obtention du label Village fleuri. "Pour nous, cela a été un tremplin, ce qui nous a permis d’avoir une réflexion plus large et des actions transversales pour la préservation de l’environnement, des écosystèmes. C’est important pour nous, mais aussi pour les générations futures. Nous avons réinvesti le patrimoine arboré, en plantant des arbres", ajoutent-ils, tous deux.

L’une des transformations majeures sur la commune a été de se passer de produits phytosanitaires pour entretenir le cimetière. "La loi l’impose à partir de 2022, nous avons souhaité ne pas attendre et nous le transformons depuis trois ans en cimetière végétalisé. Nous sommes précurseurs, on se fait remarquer mais dans le bon sens. On aimerait que cela serve d’exemple aux communes qui ont le même budget que nous."

Pour cela, fini les gravillons dans les allées, qu’il fallait désherber à coups de glyphosate toutes les deux semaines et les plantes bisannuelles qui devaient être replantées, place à des allées en herbe, des parterres de plantes pérennes, des arbres, du paillage en ardoise… Le tout s’est fait progressivement sur trois ans. "Les agents étaient inquiets, mais maintenant, ils demandent que l’on finisse la dernière partie. Les habitants qui râlaient au début sont fiers d’en parler", se réjouit Catherine Corby.

La commune a planté un verger pour alimenter la cantine scolaire. Elle fait d’énormes efforts pour l’éclairage public, en l’éteignant la nuit afin de favoriser la biodiversité. C'est d'ailleurs la seule commune du Loiret à avoir obtenu trois étoiles au label "Villes et villages étoilés".

 

Cette ancienne peupleraie vient d'être rachetée par la commune pour restaurer le milieu naturel, et créer un sentier de découverte pédagogique.

Elle a lancé un inventaire de la faune et de la flore présentes sur son territoire, et applique la fauche raisonnée de ses espaces verts. Elle engagera d’ici peu la restauration d’une zone humide et d’une mare, redécouverte à la faveur de l’achat d’une peupleraie, près de l’église. "On créera un sentier de découverte." Avant de s’atteler à une vaste rénovation énergétique de l’école.

Cindy Roudier-Valaud

République du Centre 13/07/2021


Trois villages du Loiret, aux moyens limités, font de grandes actions pour préserver leur cadre naturel... Comment font-ils ?

Publié le 19/07/2021

Trois villages du Loiret, aux moyens limités, font de grandes actions pour préserver leur cadre naturel... Comment font-ils ?
 Boigny-sur-Bionne et Marigny-les-Usages gèrent ensemble le parc du château de Charbonnière "avec la volonté de l’ouvrir au public, en ayant des espaces de préservation des espèces". © Pascal PROUST
 
Saint-Germain-des-Prés, Boigny-sur-Bionne et Marigny-les-Usages viennent d’obtenir la reconnaissance "Territoires engagés pour la nature", de l’agence régionale de la biodiversité. C’est la validation de leurs actions pour la protection des espaces naturels, et un accompagnement pour mettre en place un plan de mesures sur trois ans. Mais comment font ces villages, avec un budget et du personnel limité ?

Boigny-sur-Bionne et Marigny-les-Usages, deux villages à l’est de la métropole d’Orléans. Unis par deux choses au moins : leur volonté d’agir pour conserver leur vocation de poumon vert ; et le directeur des services techniques, Christophe Picard, qui travaille pour les deux municipalités et qui porte aussi l’envie forte de gérer les espaces naturels différemment. "Il n'y a plus à prendre conscience, il faut agir. On a des envies, des valeurs et on essaye de faire avancer. Nous avons appris à travailler ensemble. Les insectes et animaux ne s’arrêtent pas à la frontière de Boigny", s’accordent Valérie Vitoux et Gilles Lendom, respectivement adjoints à Boigny et à Marigny. Les deux communes gèrent ensemble le parc du château de Charbonnière "avec la volonté de l’ouvrir au public, en ayant des espaces de préservation des espèces".

Repenser la manière de faire, travailler différemment

Un gros travail est aussi fait dans la zone d’activités attenante à Charbonnière, pour que les entreprises respectent une charte d’intégration paysagère.

"On leur demande de laisser des prairies fleuries. Nous travaillons aussi sur les bassins d’orage, l’un est fait de manière classique, car nous n’avons pas eu le temps d’intervenir, mais pour l’autre, on a demandé à la Métropole de travailler différemment, avec des clôtures en bois pour permettre le déplacement de la microfaune…"

Christophe Picard (directeur des services techniques pour Boigny et Marigny)

Dans les années à venir, Boigny veut développer des îlots de fraîcheur dans chaque quartier, végétaliser la cour de l’école, et a plusieurs projets de panneaux pédagogiques à la suite du reméandrage de la Bionne. Marigny, après avoir créé un verger de noyers, noisetiers, amandiers, veut mener des études sur les milieux aquatiques, sur un aménagement paysager du bourg cohérent, et veut poursuivre le travail avec les entreprises.

Saint-Germain-des-Prés, village près de Montargis, révolutionne depuis quelques années sa gestion communale pour un meilleur respect de l'environnement. La commune est précurseur, puisqu'elle a créé un cimetière végétalisé avant même la date à laquelle elle n'aura plus le droit d'utiliser des pesticides en ce lieu. Pour cela, fini les gravillons dans les allées, qu’il fallait désherber à coups de glyphosate toutes les deux semaines et les plantes bisannuelles qui devaient être replantées, place à des allées en herbe, des parterres de plantes pérennes, des arbres, du paillage en ardoise… La commune a planté un verger pour alimenter la cantine scolaire...

Saint-Germain-des-Prés, l'histoire d'un village montargois qui révolutionne son cimetière, ses espaces verts...

Pas de budget, pas de services dédiés, leurs secrets

Ces villages ont des budgets limités. Ils n’ont pas, comme les grosses communes, de services administratifs. Ils ne payent pas de bureaux d’études. Pourtant, ils mènent des actions fortes en faveur de l’environnement. Voici leurs secrets.

Le budget

"Ce n’est parfois pas des sommes astronomiques. Notre verger à coques nous a coûté 5.000 euros", fait remarquer Gilles Lendom, adjoint à Marigny-les-Usages. C’est aussi un équilibre à trouver, parfois sur plusieurs années, comme Saint-Germain-des-Prés l’a fait pour son cimetière, en échelonnant les travaux sur trois ans.

"Ce qu’on économise en n’utilisant plus de glyphosate, ou en n’achetant plus de plantes annuelles ou bisannuelles, on l’a investi dans des arbres et des plantes vivaces. On n’a plus besoin de retravailler le sol."

Cédric Delandre et Catherine Corby (responsable technique et élue à Saint-Germain-des-Prés)

Les formalités administratives

En revanche, lors de projets plus conséquents, remplir les dossiers de demandes de subventions est, pour ces communes, compliqué. Dans le cadre du plan de relance, par exemple, de nombreux appels à projets ont été lancés par l’État, avec souvent des délais très courts pour y répondre. "Pour nous, c’est impossible, dans des délais aussi courts. Comme nous n’avons pas beaucoup de personnel, les élus font tout, cela demande beaucoup de volontariat, pour monter les dossiers. Pour nous, qui n’avons pas de comptabilité analytique, comme dans les grandes villes, ce sont des dossiers relativement lourds, qui demandent du temps", indique Catherine Corby.

Mais si elles n’obtiennent pas les subventions espérées, cela peut mettre un coup d’arrêt à leurs projets. "Par exemple, pour la rénovation de l’école, il nous manque 220.000 euros pour l’instant, sur un projet qui coûtera 800.000 euros. C’est une rénovation ambitieuse avec géothermie, accessibilité, ventilation… C’est un bâtiment de 35 ans, pour lequel nous avons eu parfois des factures électriques de plusieurs milliers d’euros par mois. L’État nous demande de mener la transition écologique. Ce projet nous permettrait d’atteindre des objectifs fixés par l’Ademe pour 2040, dès 2023. Mais comme il nous manque 200.000 euros, nous ne pourrons peut-être pas coller aux objectifs", déplore-t-elle.

Se faire accompagner, être persévérants

"Comme nous avons peu de moyens, on a intérêt à être efficaces", résume Gilles Lendom. Pour cela, ces communes prennent conseil auprès de spécialistes comme l’office national des forêts, les syndicats des rivières…

"On doit aussi batailler pour convaincre que l’on peut faire autrement, notamment auprès de la Métropole. C’est un combat, il faut être présent aux réunions, or nous n’avons pas que cela à faire".

Valérie Vitoux (adjointe au maire de Boigny-sur-Bionne)

Ils développent par conséquent plus de débrouillardise. "Il y a moins d’inertie que dans les grosses communes. Si on n’arrive pas à faire quelque chose à Boigny et Marigny, c’est foutu. On veut croire que nos petites actions servent à quelque chose. On veut donner l’envie aux autres communes."

"Territoires engagés pour la nature", ces trois villes du Loiret ont des idées originales pour favoriser la biodiversité

Pour cela, intégrer le réseau des Territoires engagés pour la nature est un atout. "On espère que cela va nous faire passer une marche supplémentaire. C’est pour nous un vrai coup de boost et que la population y trouve son compte. Le fait d’être accompagné est très important pour nous", s’enthousiasme Valérie Vitoux, adjointe à Boigny-sur-Bionne.

"Territoires engagés pour la nature", c’est quoi ?

Trois communes ont été reconnues les années précédentes : Olivet, Ingré, Saint-Jean-de-Braye. Cette année, pour le Loiret, quatre nouvelles ont été intégrées au dispositif : Saint-Germain-des-Prés, Boigny-sur-Bionne, Marigny-les-Usages et l’agglomération montargoise. L’agence régionale de la biodiversité relaie cette reconnaissance en Centre-Val de Loire. Les communes doivent présenter un dossier, pour être éligible, dans lequel elles présentent les actions déjà réalisées pour la préservation des espèces animales et végétales, et s’engagent à poursuivre par un plan d’actions sur les trois ans à venir. Pour cela, elles sont accompagnées par Benjamin Virely, de l’agence régionale de la biodiversité. "On les aide à structurer leur démarche. Le sujet intéresse, de nombreuses collectivités nous contactent, elles ont envie mais ne savent pas trop quoi faire. Elles doivent s’engager à dresser un inventaire de la biodiversité communale et associer les différents acteurs de leur commune", affirme-t-il. Un nouvel appel à candidatures a été lancé le 15 juin, les communes ont jusqu’au 15 décembre pour envoyer leur dossier. Cela ne donne pas lieu à une aide financière, mais elles font ensuite partie d’un réseau qui les accompagne dans la recherche de subventions et leur permet d’avoir un appui technique et de nouvelles idées. À la fin des trois ans, un entretien est réalisé avec les communes, pour voir ce qu’elles ont mené à bien ou pas. 

Cindy Roudier-Valaud

Actualités des associations

Association: La Galissonne

Association: CLUB PHOTO SAINT GERMAIN

Association: Association Pour les Enfants des écoles de St Germain des Prés et Gy les Nonains (APE)

Association: Comité des fêtes de Saint Germain des Prés

La commune de St Germain des Prés reconnue Territoire engagé pour la nature